L'avenir de l'Amazonie brésilienne entre dans une zone d'ombre après la démission de la ministre de l'Environnement qui a quitté son poste affaiblie par une série de batailles perdues contre le lobby agro-industriel et des membres du propre gouvernement..
En quoi ces infrastructures (en particulier l'ouverture de routes) est-elle dangereuse pour la forêt ?

L'expérience passée l'a montré. La BR-364, ouverte en 1982, qui traverse l'Etat de Rondonia, en Amazonie occidentale, en est l'exemple le plus démonstratif : au bout de six ans, suite à l'intense migration qu'elle a favorisée, 15 % du couvert végétal (36 000 kilomètres carrés) avaient disparu sous de gigantesques brûlis.
Après avoir constaté ces dégâts, la direction de la Banque mondiale, qui avait financé sa construction, s'était livrée à un mea culpa mémorable.
Sourd à cette démonstration, sourd aux avertissements des scientifiques et à ceux des ONG écologistes, n'ayant d'oreilles que pour les investisseurs privés, le gouvernement de Brasilia a décidé le bitumage des pistes de brousse (actuellement praticables seulement pendant la saison sèche) comme celles qui relient Porto Velho (Rondonia) à Manaus (Amazonas) et Cuiaba (Mato Grosso) à Santarem (Para).
Au total, 6000 kilomètres de routes, praticables toute l'année, serviront de support à la relance de la colonisation dans la région.
La construction de barrages hydroélectriques, l'aménagement de voie fluviales et l'installation de gazoducs complètent le projet.
| |
| Déforestation sur le continent Sud-Est de l'Asie (incluant la Malaysie et l'Indonésie) de 1973 à 1985. Les zones noires representent la forêt, les zones les plus claires la déforestation. |
Une incroyable biodiversité sur un sol très fragile
Alors qu'elles n'occupent que 7% des terres émergées, les forêts tropicales recèlent à elles seules la moitié des espèces vivantes de la planète.La forêt amazonienne compte ainsi, à l'hectare, en moyenne 200 espèces différentes d'arbres contre 6 dans les forêts européennes. " Avant 1982, les premières études faisaient état de 3 millions d'espèces d'êtres vivants. On est ensuite passé à 30 millions, et actuellement on penche plutôt pour 100 millions d'espèces, dont 10 % seulement sont recensées ", explique au Monde Francis Hallé, professeur de botanique à Montpellier-II (Hérault).
Mais le sol de ces forêts est très fragile, car très mince. Il est épais de moins de dix centimètres, alors qu'en zone tempérée sa profondeur varie entre 30 et 50 centimètres.
La plus grande partie de la matière organique y est très rapidement recyclée. Cette couche vivante est donc facilement détruite par les défrichements et les incendies, qui mettent à nu la couche infertile de latérite sous-jacente.
Plusieurs études, menées de façon indépendante, aboutissent à des conclusions similaires, très inquiétantes.Selon la plus récente, parue dans la revue Science (" The Future of the Brazilian Amazon ", 19 janvier 2001), 28% de la forêt amazonienne serait détruite, à terme, selon le scénario le plus optimiste, et 42% selon les prévisions les plus pessimistes.
A l'heure actuelle, il faut rappeler qu'en l'absence de tout projet de cette envergure, la surface déboisée chaque année est de l'ordre de 17 000 kilomètres carrés depuis une quinzaine d'années.
Cette évaluation a été permise par le décryptage des photos satellites, effectué par l'Institut national de recherche spatiale de São Paulo.
En moins d'un demi-siècle, c'est plus que la superficie de la France qui est partie en fumée.
La plus grande partie a fait place à de grandes exploitations d'élevage extensif, sous couvert de spéculation foncière acharnée.
Que pèsent, devant Avança Brasil, les programmes de conservation de la forêt tropicale brésilienne, comme celui qui a été mis en place par les pays du G7 et l'Union européenne (programme PPG7), financé à hauteur de 340 millions de dollars ?
Certaines actions menées dans ce cadre par des ONG (Organisations non gouvernementales) ont pourtant démontré que, selon le concept de développement durable, l'on peut bien vivre en Amazonie sans tout déboiser, mais au contraire en enrichissant la forêt en arbres qui sont utiles, comme les arbres fruitiers et les arbres à colorants.

Un autre objectif, dans le cadre du programme PPG7, concerne la délimitation des terres.
Selon la Constitution brésilienne de 1988, les propriétés indigènes ont droit à une protection juridique.
Mais faire valoir cette protection ne nécessite pas moins de 11 à 14 étapes administratives !
Grâce à leurs interventions incessantes auprès de l'administration brésilienne, des ONG ont permis d'accélérer le mouvement, et 8% des terres sont en cours de régularisation.
Mais la donne la plus précieuse qui redonne un peu d'espoir, c'est la prise de conscience qui se développe actuellement chez les Brésiliens eux-mêmes de la nécessité de protéger ce fabuleux patrimoine que constitue la forêt amazonienne.
D'autres infos
Greenpeace International http://www.greenpeace.org/
01/12/2006, 11:19
super comme site =)